Les traumatismes du judo

Les risques de traumatismes du Judo sont inhérents à la pratique de toutes formes de sports de combat.

Néanmoins, le judo inclut des techniques propres pouvant représenter des risques supplémentaires si effectuées dans un environnement non propice ou mal appliquées.

Parmi ces techniques les projections, les clés de bras ainsi que les étranglements.

Le judo se pratique normalement sur des tapis matelassés conçus spécialement pour ce sport.

Ces tapis, appelés tatami, réduisent considérablement le risque de traumatisme relié aux chutes propres à la pratique du judo.

Les traumatismes du Judo surviennent :

  • principalement lors du combat debout (85% des blessures)
  • lors du combat au sol (15% des blessures).

Les principaux mécanismes traumatiques du Judo sont :

  • Être projeté (70% des blessures);
  • Exécuter une projection avec une erreur technique.
  • Lutte pour la saisie (kumikata), provoquant principalement des blessures aux mains.
  • Contre-attaque.

L’impact avec le tatami produit plus de blessures que l’impact sur l’adversaire.

Une mauvaise technique de chute est la cause la plus fréquente des traumatismes du Judo.

Épaule

L’épaule est l’articulation la plus touchée dans les traumatismes du Judo.

La cause est habituellement une chute qui n’a pas été maîtrisée. En effet, le judoka qui s’apprête à tomber essaye systématiquement d’éviter la chute sur le dos.

Il utilise alors un de ses deux bras pour faire pivot et empêcher cette chute.

L’articulation acromio-claviculaire située entre l’omoplate et la clavicule est la plus fréquemment atteinte par un traumatisme direct (chute sur le moignon de l’épaule).

Il s’agit le plus souvent d’une disjonction acromio-claviculaire qui présente plusieurs stades de gravité ou d’une fracture de la clavicule.

En savoir plus sur la prise en charge chirurgicale de la disjonction acromio-claviculaire…

Ce type de traumatisme peut aussi concerner l’articulation entre la clavicule et le sternum (articulation sterno-claviculaire).

La clavicule selon les cas peut se retrouver devant ou derrière le sternum (luxation sterno-claviculaire).

– Une chute sur le coude ou la paume de la main est possible entraînant cette fois une luxation de l’épaule, c’est-à-dire une sortie de la tête de l’humérus de sa cavité normale située au niveau de l’omoplate (luxation gléno-humérale).

En savoir plus sur la prise en charge d’une luxation de l’épaule…

Pour le judoka compétiteur, une première luxation gléno-humérale conduit souvent à une luxation récidivante faisant discuter une chirurgie stabilisatrice type butée d’épaule.

L’atteinte du bourrelet glénoïdien est également fréquente. Elle fait souvent suite à des micro-traumatismes répétés.

Une chirurgie de réparation du bourrelet type Bankart est alors proposée.

traumatisme du judo

Coude

Le coude est une articulation très sollicitée lors de la pratique du judo.

Lors d’une chute sur le tatami, les traumatismes du coude dépendent de la position de cette articulation en flexion-extension lors de l’impact.

Les lésions sont variables allant de la simple entorse à la luxation ou fracture.

La luxation du coude est la principale lésion traumatique constatée. La luxation se fait le plus souvent en postéro-externe.

Après réduction, le traitement consiste le plus souvent en une immobilisation de quelques semaines suivie d’une rééducation de plusieurs mois avant de pouvoir retrouver le chemin du tatami.

Les techniques mettant en position forcée l’articulation du coude (clés de bras) provoque des lésions à la fois intra et extra articulaires.

– Lésions extra articulaires :

  • Une entorse du ligament latéral interne : survenant suite à une hyper-extension du coude, elle est de gravité variable entraînant le plus souvent un traitement par immobilisation puis rééducation similaire à la luxation du coude.
  • une épitrochléite avec une douleur reproductible lors de la mise en tension des muscles qui s’insèrent sur l’épitrochlée.
  • un hygroma du coude : tuméfaction molle à la face postérieure du coude secondaire à la répétition de mini traumatismes par frottement. Le traitement est médical avec de soins locaux et éventuellement une ponction évacuatrice.
  • une compression du nerf cubital au coude avec des fourmillements des doigts et une sensation d’engourdissement.

– Lésions intra articulaires :

  • Une arthrose liée aux micro-traumatismes répétés.
  • Une ostéochondromatose du coude correspondant à une production anormale de fragments de cartilage par la synoviale entraînant des blocages de l’articulation lors des entraînements ou compétitions.

Environ un accident sur 10 survenant au judo concerne la main et le poignet.

Blessures du poignet et de la main au judo

Environ un accident sur 10 survenant au judo concerne la main et le poignetLa prise pratiquée (prise de garde) en est le principal responsable.

En effet, les occasions de se coincer les doigts sont nombreuses avec différentes possibilités de luxations, entorses mais aussi fractures.

Par conséquent, il est indispensable de réaliser un bilan radiographique et au moindre doute un complément d’imagerie (échographie ou IRM)

Ces lésions, si elles sont négligées peuvent engendrer récidives, instabilités ou raideurs séquellaires.

Le traitement le plus fréquent est l’immobilisation par syndactylie (immobilisation du doigt traumatisé avec le doigt valide qui l’entoure). Un traitement chirurgical est parfois nécessaire.

Traumatismes du judo au membre inférieur

Rupture du ligament croisé antérieur du genou

Les traumatismes ligamentaires du genou sont fréquents au Judo en particulier la rupture du ligament croisé antérieur. (environ 20% des blessures au Judo)

Dans la majorité des cas, la rupture du ligament croisé antérieur survient sur un combattant en défense. Cette blessure survient en général alors que le combat est déjà bien avancé.

Le mécanisme lésionnel le plus fréquent se fait en valgus-flexion-rotation externe sur des techniques de projection sur l’arrière, pied bloqué au sol.

De nombreuses prises se font en prenant le genou comme pivot central : le corps tourne autour du genou alors que le pied reste à la
même place, comme enfoncé dans le sol.

Sur le terrain, il faut glacer et mettre en place une immobilisation du genou par une attelle et l’utilisation de cannes.

Le sportif doit alors bénéficier d’un examen rapide par un spécialiste qui confirmera le diagnostic par l’examen clinique et des examens radiologiques (IRM). La prise en charge est généralement chirurgicale dans cette population sportive.

En savoir plus sur la prise en charge chirurgicale de la rupture du ligament croisé antérieur…

Par ailleurs, l’autre entorse fréquente du genou concerne l’atteinte isolée du ligament latéral interne (ligament collatéral médial). En fonction du stade de la lésion un traitement orthopédique ou chirurgicale est décidé.

La pratique du Judo entraîne également des lésions méniscales traumatiques nécessitant alors une suture méniscale sous arthroscopie.

Blessures musculaire

traumatisme du judo suite à une chute en compétition

Dans la pratique du judo, la blessure musculaire la plus fréquente concerne les ischio-jambiers. Les lésions vont de la simple élongation à la désinsertion haute. Le traitement dépend alors de la gravité de la lésion.

Néanmoins, les autres localisations sont peu fréquentes (quadriceps, gastrocnémiens).

Douleurs de rotule (ou syndrome fémoro-patellaire douloureux)

Ces douleurs antérieures de genou appelées « syndrome fémoro-patellaire » sont liées aux chocs répétés par chute sur la rotule. Les contusions répétées de la rotule entraînent le développement d’une chondropathie.

Le traitement du syndrome fémoro-patellaire est essentiellement médical avec un rééducation axée sur l’enseignement d’exercices que le sportif pourra réaliser lui même associé à un traitement de l’arthrose.

Hygroma du genou

L’hygroma correspond à une atteinte du tissu fibreux pré-rotulien avec une inflammation de la bourse séreuse responsable d’une tuméfaction à la face antérieure du genou. celle-ci nécessite les mêmes soins qu’au coude.

Tendinite (ou tendinopathie) d’Achille

Les tendinites d’Achille sont en rapport avec les séances de renforcements musculaires intensifs.

Le traitement est avant tout médical avec physiothérapie et programmes de renforcement excentrique.

Il est également possible de réaliser des injections de PRP (Plasma Riche en Plaquettes).

L’injection est préparée à partir d’un prélèvement de votre sang, qui est ensuite centrifugé afin de ne garder que des éléments qui favorisent la cicatrisation de votre tendon.

En dernier recours, une opération pourra vous être proposée.

La prévention de ces tendinites consiste à réaliser des exercices d’étirements de toute la chaîne musculo-tendineuse.

Rupture traumatique du tendon d’Achille

Les tendinites d’Achille prédisposent à des rupture complètes traumatiques du tendon d’Achille. Un traitement chirurgical est alors indispensable afin de suturer le tendon d’Achille. La reprise se fait en général vers le 6ème mois.

Entorse de cheville

L’entorse talo-crurale est la blessure de la cheville la plus fréquente au judo. En effet, elle concerne le plus souvent le ligament latéral externe (LLE).

Il peut s’agir d’une entorse bénigne (simple étirement ligamentaire) ou d’une entorse grave (rupture des ligaments).

Il existe d’autres formes d’entorses plus rares mais qu’il ne faut pas méconnaître car elles nécessitent un traitement particulier.

Une entorse de la cheville peut être la conséquence d’un échauffement inadapté ou d’une faute technique.

Avant tout, sur le terrain, il faut arrêter immédiatement  l’activité et appliquer le protocole G.R.E.C. (Glaçage Repos Elévation Contention).

Une contention temporaire est mise en place afin de limiter la douleur et l’oedème (gonflement) de la cheville.

Une consultation médicale est indispensable. Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de fracture de la cheville associée en réalisant au moindre doute une radiographie.

Un traitement fonctionnel est proposé dans la majorité des cas. Il associe une immobilisation par une attelle semi-rigide ou une contention adhésive.

La cheville doit être rééduquée précocement et la reprise de l’appui s’effectue en fonction de la douleur.

La rééducation comporte un renforcement des muscles fibulaires associé à des programmes de travail proprioceptif.

Une entorse de cheville mal soignée peut conduire à des séquelles en particulier l’installation d’une instabilité chronique de la cheville, la persistance de douleurs et de blocages chroniques entrant dans le cadre d’un conflit de cheville.

Prévention des traumatismes du judo

Une mauvaise technique de chute est la cause la plus fréquente des traumatismes du Judo

Les mesures de prévention permettant de diminuer le risque de blessure lors du combat sont :

  • un échauffement bien conduit avant tout combat.
  • des étirements systématiques après chaque effort.
  • un renforcement musculaire adapté au niveau du judoka.

Un judoka devrait présenter les caractéristiques suivantes pour la pratique sécurisée du judo :

  • Bonne santé générale et condition physique
  • Force, puissance et endurance
  • Coordination, contrôle moteur, équilibre et proprioception
  • Souplesse, agilité/mobilité, prédisposition psychologique
  • Poids normal pour sa catégorie, bonne nutrition et hydratation

Par conséquent, le conditionnement physique doit être le plus spécifique possible afin de renforcer les muscles utilisés lors des techniques favorites de l’athlète.

Il en va de même pour la coordination, l’équilibre et la souplesse.

Quoi qu’il en soit, il faudra que le judoka évite de s’entraîner de façon trop intense lorsqu’il est fatigué ou en période de récupération d’une compétition ou suite à un retour d’une blessure.

Pour ces raisons, une visite médicale est conseillée avant de reprendre la pratique du judo après une blessure.

Il est également important de ne pas revenir trop tôt à la pratique du judo, pour éviter d’augmenter les risques de récidives.

Retrouver toutes l’actualité du Judo sur le site de la Fédération Française de Judo.

Auteur : Dr Philippe Loriaut, Chirurgien Orthopédiste – chirurgie arthroscopique – pathologies du sport – spécialiste de l’arthrose – chirurgie mini-invasive et percutanée.